Crida de Marcha! – Platafòrma de la Societat Civila Occitana [FR]

Un manque crucial de transparence

Alors que l’on se demandait de quelle façon se traduirait à l’avenir la mobilisation du mouvement occitan en faveur de sa langue, nous avons comme beaucoup été surpris de recevoir au mois de février dernier un appel à manifester le 24 octobre à Montpellier, cela sans jamais avoir su que des discussions étaient en cours. Comment a été prise cette décision ? Par qui ? Quand ? Le manque de transparence dans cette affaire-là est total.

Nous savons qu’à la suite de désaccords, la FELCO, le Félibrige, ont décidé de quitter la coordination “Anem Òc”, actant de ce fait sa dissolution. Cela n’empêche pas l’actuel collectif de reprendre le slogan “Anem Òc” via le concours d’affiches qu’il organise, renforçant ainsi le trouble de la situation dans laquelle nous nous trouvons, en plus de surfer sur en mensonge communicationnel. Car à ce jour, deux structures seulement sont organisatrices de la manifestation de Montpellier, la fédération Calandreta e l’I.E.O National. Ce dernier n’a semble-t-il pas pris la peine de consulter ses adhérents pour qu’ils s’expriment sur le sujet, pas plus d’ailleurs que ses sections régionales et locales, à commencer par celle qui aurait dû être la première sollicitée, celle du Languedoc. C’est son choix et son droit, mais force est de constater que la date, le lieu, et la nature de la manifestation ont été pensées et actées dans les hautes sphères de l’occitanisme, des hautes sphères aujourd’hui bien seules et coupées de certaines réalités de terrain.

Le Languedoc, encore et toujours

Dès 2007, année de la deuxième manifestation occitane à Béziers, des voix se sont faites entendre pour demander aux organisateurs un rassemblement en dehors des frontières de Languedoc. Un appel lancé depuis la Gascogne, la Provence, le Limousin, mais aussi soutenu par des structures basées en Languedoc. Il nous a toujours été répondu que, pour des questions pratiques, il était impossible d’envisager une manifestation unitaire au-delà de l’axe Toulouse-Montpellier. Quelle crédibilité avons-nous, en tant qu’occitans, si nous ne sommes pas capables de nous réunir en dehors de la région centrale d’Occitanie ? Comment pouvons-nous prétendre combattre le système centraliste français alors que nous n’hésitons jamais à le reproduire à notre échelle ?

De nombreux territoires occitans sont délaissés, dévastés par le manque de reconnaissance institutionnelle et par la pauvreté de l’offre en enseignement de l’occitan, mais les organisateurs de la manifestation s’entêtent, malgré les demandes répétées de toute part, à concentrer leur action sur le seul territoire languedocien. Comment comprendre le choix de Montpellier, sans doute une des villes où l’occitan se porte le mieux en matière de représentation sociale ? D’autres régions comme le Limousin, la Provence, ont un besoin crucial de reconnaissance à tout point de vue concernant l’occitan. Des villes comme Marseille, Limoges ou même Bordeaux possèdent un réseau de structures capables de co-assumer la tenue d’un rassemblement commun et profiter ainsi des retombées médiatiques et politiques. Cette option n’a jamais été envisagée à notre connaissance. Triste est de constater qu’avec cette attitude, nous donnons du grain à moudre aux détracteurs réactionnaires de l’occitan qui résument notre mouvement à une hégémonie languedocienne. Et nous alimentons également la méconnaissance générale, qui veut que l’Occitanie se résume à la seule région languedocienne.

Ni revendication concrète, ni bilan

Le tract officiel de la “coordination pour la langue occitane” qui appelle à manifester empile les statistiques négatives sur l’occitan (certaines étant discutables), sans jamais formuler de demande concrète. La situation de l’occitan est catastrophique, nous sommes tous d’accord sur ce point, mais ce simple constat ne suffit pas, et le simple fait de l’énoncer, même le plus clairement du monde, ne saurait suffire à l’enrayer. Il ne prendra effectivement tout son sens, ne deviendra un argument de poids que lorsque nous serons en mesure d’avancer des propositions concrètes à même de le contrer. Si nous-mêmes, militants, ne savons pas pour quoi nous nous battons et manifestons, comment les sphères politiques des décideurs, bien moins engagées quand elles ne s’en contrefichent pas totalement, le sauraient-elles ? Certaines questions de fond doivent trouver de solides réponses avant la tenue de la manifestation : Pour quoi sommes-nous appelés à manifester le 24 octobre ? Que demandons nous aux pouvoirs publics ? Quelles sont nos exigences ? À quelle(s) échéance(s) ?

De plus, le manque de stratégie à long terme est criant. Après Carcassonne en 2005, cela fera donc 5 fois en 10 ans que l’occitanisme, toutes tendances confondues, se rassemble pour exiger plus de reconnaissance de la part des pouvoirs publics. Quelles ont été les conséquences des manifestations passées ? Quelles avancées avons-nous obtenu ? Si l’actuelle coordination n’est pas capable de répondre positivement à ces questions, comment-peut elle argumenter en faveur d’une nouvelle manifestation, dans un contexte d’essoufflement et de remise en cause généralisé, comme en atteste le présent communiqué ? Il apparaît aujourd’hui comme criant que rien ou presque n’a en réalité changé. Les médias nationaux nous ignorent et les rares responsables gouvernementaux qui daignent prendre position nous gavent de promesses non tenues. Soyons assurés que la tenue prochaine d’élections régionales sera une nouvelle fois l’occasion de voir tout mouvement citoyen infiltré de responsables politiques divers et en campagne venus lustrer leur image sans que rien ne soit obtenu en retour de toute leur mandature. Sans doute serait-il temps, enfin, d’envisager d’autres formes de manifestations, en mettant de côté les considérations politiciennes, les desiderata égoïstes et autres tirages de couverture à soi, d’abandonner une course effrénée aux subventions qui nous met tous en concurrence les uns avec les autres alors même que nous sommes censés oeuvrer pour les même objectifs. Revenons enfin à ces objectifs communs.

Une nécessité de démocratiser le mouvement

Ça n’est pas de gaieté de coeur que nous affichons aujourd’hui publiquement notre désaccord sur la façon dont est organisé le mouvement occitan dit “officiel”. Cet appel que nous lançons a en partie été motivé, il faut le dire, par l’insupportable manie de certains défenseurs de la manifestation du 24 octobre de persister à considérer tout ceux qui critiquent cette initiative comme des empêcheurs de tourner en rond, incapables d’organiser quoi que ce soit pour l’occitan. La critique est facile, peut-être, mais elle est un des fondements de la démocratie et en refusant de s’y soumettre, la coordination actuelle souligne les dysfonctionnements qui la rongent. Pire, elle creuse elle-même, en plus de sa propre tombe, un fossé grandissant qui la sépare d’une bonne partie de la jeune génération d’occitanistes. En refusant d’entendre des arguments énoncés maintes fois, que nous reprenons donc ici une fois de plus, pire, en les renvoyant dans les cordes sans jamais y apporter une tentative de réponse, en infantilisant, ce faisant, tout mouvement contestataire, elle se décrédibilise, se délégitimise et condamne, par avance, tout succès potentiel à sa propre manifestation !

Nous n’avons pas la prétention de représenter plus que les autres le mouvement occitan ou l’ensemble des occitanistes, mais notre voix compte et doit être entendue. Loin de l’étiquette de diviseurs que l’on voudrait nous accoler, nous souhaitons faire avancer le mouvement occitan vers une représentativité plus juste, qui amènera naturellement une prise de position commune plus forte et plus claire. Pour cela, il semble primordial d’entamer une remise en question des pratiques de consultation et de décision des sujets qui concernent l’ensemble des militants engagés pour le développement de notre culture. Un premier pas a déjà été fait en Provence avec la création du Forum d’òc qui pose les bases d’un grand rassemblement des associations occitanes et qui ouvre la voie à la réflexion. Renforçons et généralisons cet outil commun, car notre but à tous est bien le même.

Vers la prise en compte d’une société civile occitane

Nous souhaitons que cette cacophonie autour de la manifestation de Montpellier permette d’ouvrir une réflexion plus vaste. Nous souhaitons que les décideurs actuels cessent d’endosser ce rôle, ceux-là dont le nombre se réduit d’événement en événement, en arrivant aujourd’hui à cette situation ubuesque où deux simples directions de deux associations, et seulement deux, en arrivent à inciter toute une population à défendre leurs propres intérêts. Nous refusons d’être utilisés ou instrumentalisés par une minorité d’organismes tentant de sauver quelques meubles à l’approche d’élections régionales qui vont, réforme oblige, redistribuer les cartes et remodeler le paysage associatif, qu’il soit occitan ou non, impactant durablement tout citoyen vivant sur le territoire. Nous souhaitons aussi que cette question du redécoupage régional soit posée, avec aplomb, sur la table, que nous cessions de jouer les autruches aliénées, soumises à un régime de gavage par subvention publique s’apercevant, mais un peu tard, que la manne céleste sera bientôt tarie.

Nous n’empêcherons pas cette manifestation, cela n’aurait aucun sens. Et comme y participer serait visiblement être instrumentalisé pour des objectifs plus que flous mais que dans le même temps on nous fait bien sentir que ne pas y participer nous classe officiellement dans le registre des anti-occitans primaires (un comble !) à la gâchette critique rapide et à la détente de proposition bien plus longue, manifestez donc ! Peut-être manifesterons-nous nous aussi… Ailleurs, différemment. A Bordeaux, Marseille, Limoges, Pau, Clermont, ou bien Paris, pourquoi pas, là où il y en a réellement besoin, là où cela a un sens, là où cela a un quelconque intérêt, et un intérêt général. Oh, ne vous en faites pas, ce ne sont là que des pistes de réflexion, que nous entendons bien développer, avec d’autres, avec tous, au sein d’une plateforme réellement démocratique, non plus détenue par des associations hors d’âge figées dans leurs certitudes et leurs mauvaises habitudes. Non, une plateforme représentative de la société civile occitane, où chaque voix compte et peut être entendue, y compris et surtout celles de ceux ne se reconnaissant plus aujourd’hui ni dans les partis politiques ni dans les associations traditionnelles.

Les choses changent, nous changerons avec elles.

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